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Enregistrement stereophonique multicanal

<==Left corner photograph: Bernard Neveu and Helga Schauerte

     Depuis plusieurs années, les enregistrements BNL et Syrius sont tous réalisés en multicanal, c’est-à-dire, selon le cas, avec 4 ou 6 micros confortablement écartés et disposés selon un arc de cercle très ouvert. Nous avons abandonné définitivement le «micro central» qui ne sert strictement à rien, sauf à rassurer ceux qui entendent le soi-disant «trou dans le milieu», lequel n’existe pas dans la vraie prise de son stéréo telle que nous l’avons décrite.

     Entendons-nous bien: seuls deux de ces 4 ou 6 micros sont utilisés pour la gravure en stéréo et leur disposition réglée sur place en conséquence.

     Toujours à la recherche de la plus grande proximité possible entre l’audition du concert en direct et celle de l’écoute sur une bonne chaîne HiFi, nous avons là aussi respecté la disposition micros/haut-parleurs.

      Une telle écoute en multicanal est presque asymptotique de la réalité et nous n’avons pas d’autre commentaire que celui-ci: on est pratiquement assis dans la salle de concert, l’auditorium ou l’église. Quelle bouffée de plaisir sonore musical ! (eh ! oui, la musique est avant tout basée sur le son). Pendant deux années consécutives, nous avons sorti une quarantaine d’enregistrements en double version: stéréo et 5 canaux DTS, les deux vendues au prix d’un. Les ensembles pour écouter ces CDs en 5 canaux existent par centaines dans le commerce et il s’en est vendu des dizaines de milliers. Malheureusement, ils étaient affligés de l’étiquette «home cinéma» - nous n’avons rien contre le procédé - et, dans l’esprit du mélomane classique, cette épithète lui conférait une connotation «variétés». C’est du moins la raison que nous soupçonnons être la cause de l’insuccès total de l’expérience. Peut-être une sorte d’intolérance ?

     Actuellement, peu de mélomanes disposent de lecteurs et d’installations leur permettant de profiter du voyage mais nous stockons précieusement tous nos fichiers multicanaux pour le jour où...

     Que l’on se rassure, l’auteur de ces lignes est un passionné de musique et n’exerce ce métier que pour cette raison, tant est grand le plaisir qu’il prend à côtoyer et accompagner les merveilleux musiciens qui lui font l’honneur de leur fidélité. C’est bien animé de cet état d’esprit que nous restons soucieux de ne pas les trahir par une médiocre restitution de leurs prestations.

     Il y a sur cette terre bon nombre de mélomanes qui sont autant attachés à la qualité et à l’esthétique «naturelle» des enregistrements qu’à la musique elle-même. Je veux dire par là qu’ils ont la conviction - souvent innée - qu’un total plaisir musical passe obligatoirement par un profond respect de ce qu’à voulu le musicien en contact étroit avec son «producteur» et le même respect de l’environnement sonore. Comment expliquer autrement que depuis des lustres des facteurs d’instruments de tous genres se soient évertués à mettre au point et à fabriquer de si merveilleux objets que des «ingénieurs du son» (ou soi- disant tels) s’ingénient à flanquer à bas, souvent en utilisant des moyens fort coûteux et en s’appuyant sur des «théories» absurdes et indéboulonnables.

     Je pense que nous ne sommes qu’une poignée au monde à bien avoir pris conscience de ce que doit être un enregistrement de musique classique et je me targue d’en faire partie. Je ne m’appuie pas sur mon seul avis pour être aussi affirmatif; pendant une quarantaine d’années, le fameux constructeur de matériel Hi-fi, Georges Cabasse (dont la réputation n’est plus à faire), a fait appel à moi pour les documents sonores destinés à la présentation de ses appareils et encore aujourd’hui, la maison, qui a changé de mains, continue d’utiliser mes disques. La non moins célèbre firme anglaise B & W (Bowers &Wilkins) les a utilisés dans quelques-uns de ses salons. Ceci est conforté par l’avis quasi-unanime des musiciens (et nombre d’entre eux enregistrent ou ont enregistré - avant - ailleurs que chez moi).

     Pour les enregistrements, nous transportons avec nous un studio complet d’où l’esbroufe est totalement absente. Le choix des divers éléments n’est pas forcément en rapport avec leur prix et leur taille mais plus souvent le fruit de nombreuses comparaisons, lesquelles réservent parfois de curieuses surprises. Nous n’en donnerons pas ici le détail mais: micros, câbles, enregistreurs multipistes haute définition, haut-parleurs de contrôle (4 ou 6), amplificateurs (surtout pas de casque !), etc..., font l’objet de choix rigoureux. Le principe qui nous a toujours guidés est celui-ci: moins il y a d’objets (j’oserais dire d’obstacles) entre la source musicale et l’auditeur du disque et mieux on se porte.

     Il fut une époque - remontant à plus de vingt ans - où les grandes revues spécialisées comptaient dans leurs rangs des rédacteurs qui adhéraient totalement à cette conception de l’enregistrement et nous reconnaissaient ainsi par leurs articles élogieux. Ces temps sont révolus et - à l’exception de très rares supports - ces compliments vont exclusivement à ceux qui portent surtout leurs efforts financiers à l’insertion de pages entières de publicité, exploitant sans vergogne la naïveté d’un certain nombre de lecteurs. Comme dans bien des domaines, seul l’argent compte !


Bernard Neveu

Article transmis à Lior par Bernard Neveu  par l'intermediaire de Helga Schauerte