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JEHAN ALAIN : une histoire d’amour insolite / an unusual love story / eine außergewöhnliche Liebesgeschichte

La Nouvelle République, Juillet 1988

 

Une histoire d’amour insolite devient le symbole de la réconciliation franco-allemande

Nous sommes le 15 juillet 1987. Cela faisait près de six ans que je travaillais en tant que musicienne et historienne de la musique à Paris. Mon étude sur la vie et l’œuvre du compositeur Jehan Alain (1911-1940), mort à la Seconde Guerre Mondiale à l’âge de 29 ans, venait d’être publié en allemand et en français et j’étais en train de préparer la version anglaise.1)

Durant toutes ces années de recherche, j'avais le désir de me rendre un jour à Saumur, à l’endroit, où Jehan Alain avait trouvé la mort, afin de voir l’emplacement de sa première tombe provisoire, située dans un jardin privé au « Petit-Puy », lieu-dit surplombant la Loire. Jean-Claude Reynouard, Maire adjoint de cette ville, me reçoit très chaleureusement et me conduit personnellement à une maison de viticulteur, où trois témoins se sont réunis pour me parler des évènements du 20 juin 1940, jour où Jehan Alain fut mortellement blessé. La mère du viticulteur, âgée de 92 ans, se rappelle avec précision de l'arrivée des soldats allemands qui venaient de traverser la Loire. Elle se souvient également de ce soldat français qui, après avoir héroïquement défendu l’accès à la ville, avait été abattu dans le jardin de la maison voisine.

 

 

 

Saumur, "Le Petit Puy" (photos prises le 15 juillet 1987 par Helga Schauerte)

Mon désir d’entrer dans ce jardin et de photographier l’endroit où avait été jadis enterrée sa dépouille se heurte à la réserve des témoins rassemblés. En effet, la propriété n’est guère accessible. La maison est souvent inhabitée, car elle sert de résidence de vacances à une famille parisienne. Elle est entourée d’un haut mur qui ne permet pas de jeter le moindre regard sur le jardin. Néanmoins nous décidons de tenter notre chance. Arrivé au portail, le maire adjoint tire sur la clochette. Contre toute attente, le portail s’ouvre et un jeune homme, tout juste arrivé la veille, découvre avec stupéfaction cette assemblée devant sa porte et s’interroge sur l’objet de notre visite. Intrigué par l’histoire qu’on lui raconte et qu’il découvre, il nous dit qu’il savait bien qu’un soldat français avait été tué chez lui pendant la guerre, mais qu’il ignorait que ce soldat avait été enterré sur place et qu’il s’agissait d’un grand compositeur. Il nous accompagne alors dans le jardin et s’associe à notre balade dans Saumur en compagnie de l’adjoint au maire qui nous relate le déroulement des combats lors de la journée du 20 juin 1940. Puis l’après-midi se termine autour d’un verre de vin amical dans la maison du viticulteur où chacun se sépare sans échanger d’adresses.

Lieu de sépulture provisoire de Jehan Alain (juin à septembre 1940)

Lettres gravées sur le mur derrière la tombe, encore visibles en 1987

(Photos prises le 15 juillet 1987 par Helga Schauerte)

Le  soir, par hasard, je rencontre de nouveau ce jeune homme en ville, venu tout comme moi écouter un concert à l’église St Pierre de Saumur. J’apprends enfin son nom Philippe Maubouet et nous nous asseyons l’un à côté de l’autre. J'apprends également qu’il a, après s’être quitté dans l’après-midi, commencé à mener sa propre enquête en interrogeant une autre voisine, elle-même témoin des événements du 20 juin 40, et qu’il a même enregistré cette conversation. L’enquête sur les circonstances précises de la mort héroïque de ce soldat tombé dans son jardin le ronge désormais tout autant que moi. Alors nous décidons que celle-ci, dorénavant, se poursuivra à deux.

 

Un an plus tard, l’impromptu de Saumur se termine par une grande fête de mariage avec de nombreux musiciens, sur une musique de Jehan Alain. Lors de la cérémonie l’adjoint au maire, Jean-Claude Reynouard,  souligne la portée symbolique de cette union en ses mots :

 

«Il est réconfortant que cette histoire d’amour unique en son genre, qui participe au rapprochement franco-allemand dont on célèbre cette année le 25e anniversaire, ait pris naissance à Saumur, sur un lieu qui nous avait divisé. » 

Jean-Claude Reynouard (à gauche) et les jeunes mariés, le 22 juillet 1988



1       Helga Schauerte, Jehan Alain. Das Orgelwerk. Eine monographische Studie. Regensburg 1983, ²1985 ; la traduction française est publiée en 1985 par Les Amis de l’Orgue.  En 1990, Helga Schauerte enregistre l’intégrale pour orgue sur deux CD pour le label Motette et en 2011 elle publie, chez les éditions Bärenreiter, en trois volumes, une édition urtext de l’œuvre pour orgue de Jehan Alain.

 

 

 

 

 

 

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An Unusual Love Story Becomes a Symbol of Franco-German Reconciliation

 

It was July 15, 1987. I had been working as a musician and music historian for almost six years in Paris. My study of the life and work of the composer Jehan Alain (1911-1940), who died in the Second World War at the age of 29, had just been published in German and French and I was in the process of preparing the English version. (1)

 

During all the years of research, I had desired to go someday to Saumur, where Jehan Alain had been killed, to see the site of his first temporary grave, located in a private garden in “Le Petit-Puy”, a small suburb of this city overlooking the Loire. Jean-Claude Reynouard, the Deputy Mayor of the city, received me very warmly and personally took me to a winemaker's house. There, three witnesses met to talk about the events of June 20, 1940, the day Jehan Alain was fatally wounded. The 92-year-old mother of the winemaker remembered precisely the arrival of the German soldiers who had just crossed the Loire. She also remembered the French soldier who, after heroically defending access to the city, was shot in the garden of the neighboring house.

 

Saumur, “Le Petit-Puy”, July 15, 1987 (photos : Helga Schauerte)


My desire to enter this garden and to photograph the place where Alain's body had once been buried encountered reservations from the assembled witnesses. Indeed, the property was hardly accessible. The house was often uninhabited because it served as a vacation home for a Parisian family. It was surrounded by a high wall that did not permit a view of the garden. Nevertheless we decided to try our luck. Arriving at the gate, the Deputy Mayor pulled the bell. Unexpectedly, the portal opened and a young man, who had just arrived the day before, discovered with amazement this assemblage in front of his door and wondered about the purpose of our visit. Intrigued by the story told to him, he told us that he was well aware that a French soldier had been killed near this home during the war, but that he was not aware that this soldier had been buried onsite nor that he was a great French composer. He then accompanied us into the garden and also joined our walk in Saumur with the deputy mayor, who told us about the course of the fighting on the day of June 20, 1940. Then the afternoon ended in friendliness around several bottles of wine in the winemaker's house, from which everyone later departed without exchanging addresses.

Jehan Alain’s first temporary burial place (June to September 1940)

In 1987 still visible engraved letters on the wall next to the burial place (Photos: Helga Schauerte)

That evening, by chance, I again encountered this young man in town, who had come just as I had, to listen to a concert at the church St Pierre de Saumur. I finally learned his name Philippe Maubouet and we sat next to each other. I also learned that he, having left the house in the afternoon, began conducting his own investigation by questioning another neighbor, herself a witness of the events of June 20, 1940, and that he even recorded this conversation. The investigation into the precise circumstances of the heroic death of this fallen soldier in his family’s garden was enticing him now as much as it was me. So, we decided that from then onward the investigation would continue together!

 

A year later, the impromptu encounter in Saumur resulted in a large wedding celebration, including many musicians performing the music of Jehan Alain. During the ceremony the Deputy Mayor, Jean-Claude Reynouard, emphasized the symbolic significance of this union, saying: "It is comforting that this unique love story, which coincides with the Franco-German reconciliation celebrating its 25th anniversary this year, originated in Saumur, a place where we were previously divided.”

Jean-Claude Reynouard (on the left) with the newly-wed couple, July 22, 1988

(1) Helga Schauerte, Jehan Alain. Das Orgelwerk.EinemonographischeStudie. Regensburg 1983, ²1985; the French translation was published in 1985 by Les Amis de l'Orgue. In 1990, Helga Schauerte recorded the complete organ works on two CDs for the label Motette; and in 2011 she edited a new edition of the complete organ works of Jehan Alain in three volumes for Bärenreiter.

 

 

 

 

 

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Eine außergewöhnliche Liebesgeschichte im Zeichen deutsch-französischer Aussöhnung

Wir befinden uns im Jahre 1987. Seit fast sechs Jahren lebte ich als Musikerin und Musikforscherin in Paris. Mein Buch über den mit 29 Jahren im 2. Weltkrieg gefallenen Komponisten Jehan Alain (1911-1940) war gerade in deutscher und französischer Sprache erschienen und ich arbeitete nun an der englischen Übersetzung.

Während all dieser Forschungsjahre hatte ich den Wunsch gehegt, einmal  den Ort aufzusuchen, an dem Jehan Alain gefallen war und die Stelle zu sehen, wo man ihn zunächst provisorisch begraben hatte: in einem Privatgarten in „Le Petit-Puy“, einem malerisch hoch über der Loire gelegenen Vorort der Stadt Saumur. Der stellvertretende Bürgermeister der Stadt, Jean-Claude Reynouard, empfing mich mit großer Herzlichkeit und geleitete mich persönlich zu einem Winzerhaus, wo sich drei Zeugen des 20. Juni 1940, dem Todestag Jehan Alains, versammelt hatten. Die 92-jährige Winzerfrau erinnerte sich noch lebhaft an die Ankunft der deutschen Soldaten, die an dem besagten Tag hier die Loire  überschritten hatten. Sie erinnerte sich auch an den französischen Soldaten im Garten des Nachbarhauses, der bei der Verteidigung der Stadt dort den Heldentod gefunden hatte.

 

 

 

Saumur, “Le Petit-Puy”, 15. Juli 1987 (Photos : Helga Schauerte)

Mein Wunsch, den Garten zu besichtigen und die Stelle zu fotografieren, an der der gefallene Soldat provisorisch begraben worden war, stieß in der Runde der versammelten Zeugen zunächst auf Skepsis. Das Nachbarhaus war inzwischen in den Besitz einer Pariser Familie gelangt, die nur wenige Tage im Jahr dort verbrachte. Das Anwesen war zudem von einer hohen Mauer umgeben, die keinen Einblick in den Garten gestattete. „Versuchen können wir es“, meinte der stellvertretende Bürgermeister und läutete die Glocke am Eingangstor. Wider Erwarten öffnete sich das Tor und ein verdutzter junger Mann schaute fragend auf die vor ihm versammelten Menschen. Wir erklärten ihm unser Anliegen. Interessiert schloss sich der junge Mann, der selbst erst am Tag zuvor aus Paris angereist war und der nicht wusste, dass ein Komponist in seinem Garten gefallen und beerdigt worden war, unserem Rundgang an. Bei einem freundschaftlichen Glas Wein im Hause des Winzers verabschiedeten wir uns, ohne Adressen auszutauschen.

 

 

Jehan Alains provisorische erste Grabstätte (Juni bis September 1940)

Die auf der Mauerwand neben der Grabstätte 1987 noch sichtbaren eingravierten Buchstaben (Photos : Helga Schauerte)

Am Abend traf ich Philippe Maubouet – nun erst erfuhr ich seinen Namen –zufällig in einem Konzertin der Stadtkirche wieder. Er hatte inzwischen auf eigene Faust eine weitere Nachbarin, die man mir nicht vorgestellt hatte, über den 20. Juni 1940 befragt und das Gespräch auf Tonband aufgezeichnet. Die Fragen, die ich mir um den Heldentod des in seinem Garten gefallenen Soldaten stellte, interessierten ihn nun genauso wie mich und so beschlossen wir, die Nachforschungen zu zweit fortzusetzen.

Die unvermutete Begegnung an der ehemaligen Grabstätte des Komponisten führte ein Jahr später zu einem großartigen, von der Musik Jehan Alain begleiteten Hochzeitsfest. In seiner Hochzeitsrede beschrieb der stellvertretende Bürgermeister, Jean-Claude Reynouard, die symbolische Bedeutung dieser Eheschließung mit den folgenden Worten: „Das Besondere an dieser einzigartigen, zur deutsch-französischen Aussöhnung, deren 25-jähriges Bestehen wir in diesem Jahr gedenken, beitragenden Liebesgeschichte ist, dass sie sich in Saumur an einem Ort abgespielt hat, der alles andere als völkerverbindend war."

 

 

Jean-Claude Reynouard (links) und das Hochzeitspaar, 22. Juli 1988

1Helga Schauerte, Jehan Alain. Eine monographische Studie. Regensburg 1983, ²1985; frz. Übersetzung bei Les Amis de l’Orgue, Paris 1985. Im Jahre 1990 spielte Helga Schauerte beim Verlag Motette das gesamte Orgelwerk auf zwei CDs ein, im Jahre 2011 veröffentlichte sie im Bärenreiter-Verlag in drei Bänden eine Urtext-Gesamtausgabe von Jehan Alains Orgelwerk.